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04/10/2009

De l'universel à la technique

Quel est le rapport entre l'universel et la technique ? Le même que celui qui existe entre celui qui pense (l'instigateur) et celui qui éxécute (l'ouvrier). Dans l'enseignement supérieur, cette phase de transition se divise en 3 étapes : l'enseignement général, l'enseignement spécialisé, l'enseignement professionnel. Traditionnellement, l'université a la charge de dispenser les enseignements général et spécialisé ; la formation professionnelle restant donc sous la responsabilité des entreprises. Mais depuis 1999 (début du processus de bologne), un double mouvement rompt avec cette tradition. D'une part, dans le soucis de faire toujours plus d'économie (pour toujours plus de profits), les entreprises aspirent de plus en plus à être déchargées de la formation de leurs salariés. D'autre part, l'enseignement général tend à porter sur son dos l'essentiel des maux de notre société (responsables du chômage, coûteux et inutile).

Depuis 1968, l'Etat a de plus en plus tendance à faire allégeance aux entreprises. A l'époque, il s'agissait de palier aux pertes financières dûes aux grèves de mai. Puis au ryhme des réformes libérales européennes, il a fallu palier aux "impératifs" de compétitivité. Ce qui s'est traduit progressivement par du dumping social (éxonération de cotisations), du dumping fiscal (installation dans une zone prioritaire) et des subventions (octroyées aveuglément par les régions). Aujourd'hui, la nouvelle étape consiste à transférer les charges liées à la formation des salariés (enseignement professionnel) des entreprises vers les établissements publics d'enseignement supérieur. C'est d'autant plus facile lorsque l'on s'assure que des représentants de patrons siègent dans les Conseils d'Administration. Ceci dit, rassurez-vous , l'opération n'est pas totalement gratuite pour nos chers profitistes : ils financeront une université qui n'est pas encore privatisée par l'intermédiaire de fondations universitaires (loi d'autonomie). Mais le gouvernement n'est pas ingras : il leur offre un détaxage de 60% (particulier) à 66% (personnes morales) depuis la loi d'autonomie également.

Dans le même mouvememon ouvrier sait lire et écrire.jpgnt, on s'attaque aux filières générales en les rendant responsables du fait que les diplômés soient inemployables. Dans cette logique, le chômage est considéré comme le fait des chômeurs plutôt que que comme le fait des gouvernants. C'est  donc un moyen aisé de se décharger de sa responsabilité. Dites-le mille fois et tous les étudiants entrant à l'université croieront que s'il n'y a pas assez de professionnalisation dans leur filière, ils finiront chômeurs. Il est alors d'autant plus facile de leur faire avaler la nécessité d'un stage ou d'un enseignement dispensé par un intervenant du monde professionnel. Voilà donc qu'on fait de nos chers ouailles des techniciens capables de mettre en oeuvre leurs enseignements pour faire dans l'entreprise ce qu'on attend d'ouvriers obéissants, plutôt que des intellectuels capables de critiquer les enseignements qui leurs ont été dispensés.

Pour ponctuer le tout, les futurs ouvriers perdent ainsi ce qui faisaient leur force sur le marché de l'emploi : leur polyvalence. Il est évident que quelqu'un qui est formé à un seul métier se retrouvera nu si les postes dans ce métier tendent à décroitre. A l'inverse, celui qui dispose d'une formation large aura plus de facilité à s'adapter aux différents métiers du même secteur. Oui, il y a du chômage. Et oui, même ceux qui sortent diplômés de l'université le subieront. Mais leur avenir n'est pas le même que celui qui se présente aux diplômés des filières courtes. 3 à 5 ans de chômage et un emploi stable et bien rémunéré attend les universitaires, alors que l'emploi immédiat minimalement rémunéré et parfois précaire sera réservé aux autres (et ça, il le sentiront passer à la retraite !). Encore que cela n'est en rien comparable à la misère sociale que vont subir les non-diplômés. Non pas que s'ils étaient tous diplômés ils auraient tous un emploi. En fait, comme le chômage existe (malheureusement), il est normal (et malheureux) que tout le monde y passe. Mais les universitaires sont loin d'être ceux qui le subieront le plus.

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Nous avons tous un devoir de désobéissance face aux réformes universitaires. A quoi sert l'université ? A la recherche de la vérité universelle. Et son activité de recherche et d'enseignement servira à l'ensemble de la société à plus ou moins long terme. Par exemple, une recherche désintéressée sur certaines algues a pu conduire à trouver des avancées contre la maladie d'alzheimer. Ou encore, les études sociologiques permettent de mieux comprendre les problèmes sociaux récurrents dans les quartiers populaires. Pareil pour l'enseignement des lettres classiques ou de la philosophie qui permettent de comprendre la construction du langage et des relations humaines, ce qui est essentiel pour la vie en communauté. C'est pour ça que nous ne devons pas céder à la professionalisation de l'enseignement supérieur.  Les étudiants ne sont pas destinés à n'être que des techniciens, mais aussi des êtres critiques à l'égard de la société dans laquelle ils vivent. Cette société en a besoin pour grandir.

Teddy Francisot

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