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03/02/2012

Parler de féminisme à un garçon...

J'ai causé un peu de féminisme avec un collègue. Du moins, j'ai essayé.

Pour lui, les filles d'aujourd'hui font n'importe quoi (boivent de l'alcool avec excès), s'habillent n'importe comment (avec légèreté) et "se font taper un peu partout" (comprenez : "font l'amour à qui veulent-elles au gré du vent).

Ne lui fais-je remarquer que la façon de s'habiller et de s'enjailler comme elles veulent est la marque de leur liberté, et que ça ne semble pas le choquer au surplus que des garçons puissent "se faire taper un peu partout". Mais d'après lui, elles se dérespectent en agissant de la sorte, et il se trouve que le vagabondage sexuel le choque moins pour un garçon... Autrement dit, les femmes se dévalorisent en se comportant en libertine, mais pas les hommes.

"Ou est passé le temps ou les hommes leur faisaient la cour ?" Me dit-il.  Et une femme qui fait la cour à un homme ? "non mais alors ça, c'est dégueulasse ! Trop de femmes se comportent comme des hommes et inversement." Mais c'est quoi un comportement de mec et un comportement de nana ?

Otez-moi cet antisexisme que je ne saurais voir.

Certains mecs légitimisent leur domination au prétexte du fameux mythe de la reine dominante cachée derrière le roi, de la femme forte et manipulatrice derrière certaines figures historiques maculines. C'est invérifiable, et quand bien même : pourquoi ne pourrait-elles pas exercer publiquement leurs responsabilités ?

Finalement, ils prétendent qu'elles étaient traitées avec respect car elles étaient la sagesse et la grâce, face à l'hardeur et la vulgarité des hommes. Ce faisant, ils partent du principe que les différenciations hommes/femmes sont de l'ordre de la nature. Sauf que quand vous leur dites, comme Teddy Tamgho aux Championnat d'Europe en salle de Bercy 2011, "la vie de ma mère, c'est pas comme ça la vie" (référence personnelle), et que vous déconstruisez les marques de leur domination (qui leur plait, mais dont ils n'ont pas forcément conscience), tout s'effondre. Mais vraiment tout. C'est à dire que c'est un peu comme si on les faisait sortir de la matrice : ça les fait vomir.

 

corps de femme.jpg


Pas de révolution sociale sans révolution féministe.

L'égalité homme/femme nécessite la remise en cause des assignations de genre. C'est à dire, la remise en cause des comportements qu'on est sensé attendre d'un homme et de ceux qu'on est sensé attendre d'une femme, et inculqué depuis l'enfance. Un homme n'est pas viril, mais il peut être avenant. Ce faisant, une femme peut également être avenante. Un homme n'est pas efféminé, mais maniéré. Comme une femme peut ne pas l'être. On ne gère pas le patrimoine familial en bon père de famille, comme le prétend le code civil, mais avec tempérance. Et il me semble que juger défavorablement les femmes qui s'habilleraient plus légèrements, en suggérant que "puisqu'elle ne se respecterait plus elle-même, nulle raison de la respecter à notre tour", justifie ou légitimise les agressions dont elles pourraient faire l'objet.

Or, si la révolution sociale a pour dessein de mener à la liberté, mais que les femmes ne sont pas libre de leurs choix, de leur corps et de leur comportement, alors il n'y a ni liberté pour elles, ni liberté pour les hommes. Car eux aussi subissent ces assignations, dans la mesure ou s'ils ne sont pas virils, et ne correspondent pas à d'autres stéréotypes, ils sont susceptibles d'être déclassés en tant que "vrais mâles" (le top du top, quoi). Ce qui peut parfois également justifier ou légitimer certaines violences à leur égard.

Si les differences hommes/femmes n'étaient plus si obligées,

elles n'auraient plus de sens et dès lors nous serions plus libre !

Un fait actuel.

Comme Clémentine Autain l'a très bien rappelé lors d'un débat organisé à Nantes par le Nouvel Observateur, "on ne se débarasse pas comme ça de 2000 ans d'histoire patriarcale. La loi salique et le droit de vote tardif des femmes (1944) en sont les symboles." Ca va mieux aujourd'hui qu'il y a trente ans car il y a eu le droit à l'avortement, l'inscription de l'égalité dans la constitution... Mais le droit à l'avortement est menacé ; mais une femme sur dix subit des violences conjugales...

Le sexisme d'aujourd'hui ne s'arrête pas aux blagues sexistes prononcé en public dans des contextes qui ne s'y prêtent pas. C'est, entre autre et par exemple, le fait que 80% des postes de travail en temps partiels sont occupés par des femmes en raison des contraintes dont elles font spécifiquement l'objet (répartition des tâches ménagères et éducatives, manque de place en crêche...). Ce faisant, le sexisme n'est pas simplement culturel, mais matériel. Une raison de plus pour réaffirmer l'urgence de ce combat.


Teddy Francisot

Merci à Etienne Guillaud pour son aimable assistance

21:46 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Punchline du jour, du même collègue : "la contraception et l'avortement, c'est la pire chose à faire."

Écrit par : Teddy | 18/02/2012

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