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03.02.2012

Parler de féminisme à un garçon...

J'ai causé un peu de féminisme avec un collègue. Du moins, j'ai essayé.

Pour lui, les filles d'aujourd'hui font n'importe quoi (boivent de l'alcool avec excès), s'habillent n'importe comment (avec légèreté) et "se font taper un peu partout" (comprenez : "font l'amour à qui veulent-elles au gré du vent).

Ne lui fais-je remarquer que la façon de s'habiller et de s'enjailler comme elles veulent est la marque de leur liberté, et que ça ne semble pas le choquer au surplus que des garçons puissent "se faire taper un peu partout". Mais d'après lui, elles se dérespectent en agissant de la sorte, et il se trouve que le vagabondage sexuel le choque moins pour un garçon... Autrement dit, les femmes se dévalorisent en se comportant en libertine, mais pas les hommes.

"Ou est passé le temps ou les hommes leur faisaient la cour ?" Me dit-il.  Et une femme qui fait la cour à un homme ? "non mais alors ça, c'est dégueulasse ! Trop de femmes se comportent comme des hommes et inversement." Mais c'est quoi un comportement de mec et un comportement de nana ?

Otez-moi cet antisexisme que je ne saurais voir.

Certains mecs légitimisent leur domination au prétexte du fameux mythe de la reine dominante cachée derrière le roi, de la femme forte et manipulatrice derrière certaines figures historiques maculines. C'est invérifiable, et quand bien même : pourquoi ne pourrait-elles pas exercer publiquement leurs responsabilités ?

Finalement, ils prétendent qu'elles étaient traitées avec respect car elles étaient la sagesse et la grâce, face à l'hardeur et la vulgarité des hommes. Ce faisant, ils partent du principe que les différenciations hommes/femmes sont de l'ordre de la nature. Sauf que quand vous leur dites, comme Teddy Tamgho aux Championnat d'Europe en salle de Bercy 2011, "la vie de ma mère, c'est pas comme ça la vie" (référence personnelle), et que vous déconstruisez les marques de leur domination (qui leur plait, mais dont ils n'ont pas forcément conscience), tout s'effondre. Mais vraiment tout. C'est à dire que c'est un peu comme si on les faisait sortir de la matrice : ça les fait vomir.

 

corps de femme.jpg


Pas de révolution sociale sans révolution féministe.

L'égalité homme/femme nécessite la remise en cause des assignations de genre. C'est à dire, la remise en cause des comportements qu'on est sensé attendre d'un homme et de ceux qu'on est sensé attendre d'une femme, et inculqué depuis l'enfance. Un homme n'est pas viril, mais il peut être avenant. Ce faisant, une femme peut également être avenante. Un homme n'est pas efféminé, mais maniéré. Comme une femme peut ne pas l'être. On ne gère pas le patrimoine familial en bon père de famille, comme le prétend le code civil, mais avec tempérance. Et il me semble que juger défavorablement les femmes qui s'habilleraient plus légèrements, en suggérant que "puisqu'elle ne se respecterait plus elle-même, nulle raison de la respecter à notre tour", justifie ou légitimise les agressions dont elles pourraient faire l'objet.

Or, si la révolution sociale a pour dessein de mener à la liberté, mais que les femmes ne sont pas libre de leurs choix, de leur corps et de leur comportement, alors il n'y a ni liberté pour elles, ni liberté pour les hommes. Car eux aussi subissent ces assignations, dans la mesure ou s'ils ne sont pas virils, et ne correspondent pas à d'autres stéréotypes, ils sont susceptibles d'être déclassés en tant que "vrais mâles" (le top du top, quoi). Ce qui peut parfois également justifier ou légitimer certaines violences à leur égard.

Si les differences hommes/femmes n'étaient plus si obligées,

elles n'auraient plus de sens et dès lors nous serions plus libre !

Un fait actuel.

Comme Clémentine Autain l'a très bien rappelé lors d'un débat organisé à Nantes par le Nouvel Observateur, "on ne se débarasse pas comme ça de 2000 ans d'histoire patriarcale. La loi salique et le droit de vote tardif des femmes (1944) en sont les symboles." Ca va mieux aujourd'hui qu'il y a trente ans car il y a eu le droit à l'avortement, l'inscription de l'égalité dans la constitution... Mais le droit à l'avortement est menacé ; mais une femme sur dix subie des violences conjugales...

Le sexisme d'aujourd'hui ne s'arrête pas aux blagues sexistes prononcé en public dans des contextes qui ne s'y prêtent pas. C'est, entre autre et par exemple, le fait que 80% des postes de travail en temps partiels sont occupés par des femmes en raison des contraintes dont elles font spécifiquement l'objet (répartition des tâches ménagères et éducatives, manque de place en crêche...). Ce faisant, le sexisme n'est pas simplement culturel, mais matériel. Une raison de plus pour réaffirmer l'urgence de ce combat.


Teddy Francisot

Merci à Etienne Guillaud pour son aimable assistance

12.04.2010

Les pédophiles, ces êtres humains.

C'est l'histoire d'un journaliste qui part à la recherche de pédophiles sur internet. Ces pédophiles qui, malgré tout, ont besoin de se livrer, lui font part de leurs expériences et de leur envie de recommencer. Ce journaliste préssent le danger pour ces enfants qui risquent de se faire agresser sexuellement, voire violer, et contacte la police. Le journaliste explique qu'il a agit dans l'intérêt de nos chères têtes blondes pour les protéger de ces prédateurs, ces bêtes féroces, ces monstres, qui les menacent avec leur terrible arme du viol : leur bite !

Non pas que je n'aime pas les enfants, mais j'ai envie de me faire l'avocat du diable, dans cette affaire.

sexy bébé.jpg

 

 

Mais qu'est-ce que ça peut bien foutre

qu'un bonhomme/une bonne-dame

viole un enfant, hein ?

 

 

 

Mais, non.  Mais, non. Qu'on se rassure : c'était une blague.

Il faut dédramatiser la question de la pédophilie.

Par sa nature et sa gravité, la pédophilie est le terrain des plus vives dénonciations. Des personnes adultes, hommes ou femmes, ont une attirance sexuelle irrépressible pour des enfants, qui ont parfois à peine appris à parler, lire, écrire, compter, ou lasser leurs chaussures... C'est horrible, rien qu'à l'imaginer. Alors, effectivement, lorsqu'on sait que ça arrive "en vrai", ça choque. Seulement, il y a des cas, nombreux, ou pour évaluer la situation et lui donner une réponse conséquente, il faut laisser nos émotions quelque part et prendre du recul.

Pourquoi et comment est-ce possible que des personnes aient une attirance sexuelle pour des gamins ? J'ai trouvé des réponses dans un excellent article de Maître Mô (son blog  est ici), qui nous a transmis le mail qu'il a reçu d'un pédophile, évidemment anonyme. Et voilà un composé de ce que ça dit :

J'aime les garçon prépubères ou peu pubères. Peu après 18ans, j'ai été arrêté pour agression sexuelle, mais les non-victimes ont confimé plusieurs fois que c'était faux. Cependant, j'ai fait 6 mois en préventive et le procès est toujours en cours. Déjà en prison, en tant que pédophile, on est une sous-merde pour des condamnés qui ont besoin de souffre-douleur... Certaines remarques du substitut du procureur étaient vraiment dégradantes. Il a cru devoir employer le qualificatif de "futur violeur", de  "détraqué sexuel"  parce que, du haut de ma jeune majorité, j’admettais m’autoriser un rapport sexuel avec un mineur d’au moins 15 ans, puisque c’était légal (3 ans de différence d’âge, ça ne me paraît pas le crime du siècle) !

Je ne crois pas que la pédophilie soit une maladie, comme l’est une névrose. Je dirais qu’il s’agit d’une orientation sexuelle déviante. Certains sont hétérosexuels, d’autres homosexuels, je suis pédophile attiré par les garçons. Et, comme pour tout homme, il y a une forte composante affective dans notre orientation. J’ai travaillé avec plusieurs psys et pas plus l’actuel que les précédents ne croient vraiment pouvoir me "guérir", c’est à dire faire de moi un homo ou un hétéro. Et je n’y crois pas non-plus. Nous essayons, plutôt, de travailler sur la gestion de mes pulsions et sur mon intégration sociale avec des gens de mon âge, de sorte que je présente le moins de risque possible de dérapage. Mais je ne vous cache pas non-plus que même si je me tiens à carreau depuis plusieurs années maintenant, j’ai du mal à m’imaginer rester parfaitement chaste pendant la soixantaine d’années qu’il me reste à vivre.

Parfois, la frustration accumulée avec les années, sur un difficile tabou, pousse à déraper. Il faut reconnaitre que notre vie n’est pas une sinécure : non-seulement nous sommes sensés "nous la mettre sur l’oreille" pour le restant de nos jours, mais nous n’avons pas même le droit de nous soulager devant un porno. Allez, juste une fois, demander à la sortie d’un lycée combien de jeunes sont prêts à renoncer à toute vie sexuelle – pornos y compris – immédiatement et pour le restant de leurs jours… Fort peu, à mon humble avis.

Pour voir l'article en entier, vous pouvez cliquer ici.

pédophile.jpgDes solutions préventives

Ce témoignage tranche avec la théorie du "prédateur", de la "bête féroce" et du "monstre". Mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Comment est-ce qu'on accompagne les pédophiles dans une société où c'est limite s'il ne faudrait pas rétablir la peine de mort, rien que pour leur gueule ?  Il me parait essentiel d'éviter que ces personnes, ces êtres humains, n'aient plus à s'isoler avec leurs pulsions, au risque qu'un jour ils ne soient plus capable de les assumer seuls. Par exemple, il existe un numéro d'aide contre les addictions (drogues, alcool, tabac, info-services). Pourquoi ne pas en instituer un pour les pédophiles ? Un numéro vert qui leur permettrait d'accéder à des structures gratuites d'aide et d'accompagnement psycho-social.

Plutôt que de vomir sur des gens qui comprennent difficilement eux-même leurs propres pulsions, il serait peut-être temps de développer des initiatives de service public qui leur soient destinées.

 

Teddy Francisot.

29.03.2010

Travailleurs privés d'emploi, abandonnez tout espoir !

lèche cul.jpgVous êtes trop sûr de vous, pas assez sûr de vous, trop calculateur, pas assez d'expérience, trop d'expérience, pas assez motivé, j'ai pas confiance, je ne le sens pas, vous ne voulez pas être le meilleur, vous n'avez pas l'esprit d'équipe, j'ai de mauvaises impressions, vous n'êtes pas allé sur notre site internet pour voir ce qu'on recherche, vous ne correspondez pas à l'esprit de l'entreprise...

 

Passer des entretiens d'embauche pour qu'un parfait inconnu établisse en trois quarts d'heure le profil d'un parfait inconnu, afin de juger sa capacité à s'intégrer dans l'entreprise : c'est ça la recherche d'emploi ? Se vendre comme si on était une marchandise pour s'assurer d'être pris à la place d'un autre candidat : c'est ça être chercheur d'emploi ? Comment on fait lorsque chaque boîte a ses propres valeurs, lorsque ce qui plait à une boite déplait à une autre ? Lorsqu'on n'est pas devin et qu'on ne sait pas ce qui peut peser dans le choix de l'évaluateur ?

Mais qui suis-je, moi, pour être jugé ?

Un putain d'étudiant qui a besoin d'un putain de revenu pour payer son putain de loyer et ses putains de factures. Car, sans ça, ce sera plus difficile pour moi de poursuivre des études dans l'enseignement supérieur. Et au-delà des aspets  émancipation individuelle/sens critique recherchés à travers ces études, le débouché est déterminant pour le reste de ma vie sociale et professionnelle.

Un putain de lycéen qui a besoin d'un putain de revenu pour aider la famille à payer son putain de loyer et ses putains de factures. Car, sans ça, le frigo sera vide, on nous mettra en interdit bancaire, on nous foutra à la porte, et je ne pourrais pas financer mes études supérieures.

crève charogne.jpgUn putain de chômeur qui a besoin d'un putain de revenu rapidement parce que je vais bientôt me retrouver en fin de droit. Car, sans ce revenu, je serais un RSArd et je vais me retrouver à la rue, à faire la manche et à me faire railler, vilipender, insulter, chercher des noises  et répulser par la police, soit disant pour la sécurité et la tranquillité des habitants ; c'est important la tranquillité des habitants. Plus en tout cas que la tranquillité de ceux qui n'habitent pas...

Je suis un putain d'être humain, qui a besoin d'un putain de  revenu pour vivre, pour faire vivre ma famille, manger à ma faim, boire à ma soif, jouir (sans entrave) de loisirs et de vacances. Je suis un être humain, qui aimerait être respecté en tant que tel ; qui ne veut pas qu'on se serve de lui comme une variable d'ajustement, pour que des employeurs ne recrutent dans les entreprises que les éléments les plus dociles ; qui ne veut pas se vendre parce qu'il n'est pas un objet qu'on peut trier, comme ça, pour être sûr qu'il n'y aura que les meilleurs dans la boîte, parce qu'il n'y a pas d'être humain meilleurs ou plus utile que l'autre. Et c'est à l'entreprise que va la charge de la formation professionnelle.

"Qu'est-ce qui vous plait, chez nous ?"

Qu'est-ce qu'on en a à foutre de ton entreprise ? McDo, Décathlon, Carrefour, le comptoir de mon cul sur la comode... on s'en branle ! On veut juste un revenu. Et malheureusement il n'y a que le salariat qui peut nous en filer un, pour le moment. Et si par miracle, on est embauché dans une boîte qui a des valeurs sociales, qui a des conventions collectives conséquentes, dont la qualité et l'utilité des produits est incontestable, alors super : on en sera ravi ! Mais, il ne faut pas nous demander d'aimer l'entreprise et d'adopter l'esprit de l'entreprise. Parce que personne n'a à nous dire ce qu'on doit aimer ou pas : ça relève de la liberté d'opinion. Ou alors, les valeurs conservatrices et de droite de TF1 l'autorise à virer un salarié (ou à ne pas embaucher quelqu'un) sous prétexte qu'il ne correspondrait pas à ces valeurs...

 

du fric enfin !.jpg

Et puis, restons un peu terre-à-terre :

t'es qui, toi, pour me juger ?

 

Teddy Francisot.

15.01.2010

Quelle autonomie pour les antilles ?

drapreau de la guyane.jpgUn référendum a eu lieu en Guyane et en Martinique au cours du quel on a demandé à aux populations de choisir entre maintenir le statut actuel (article 73 de la Constitution - département/région) et l'autonomie (article 74 de la Constitution). C''est un débat persistant en raison des difficultés sociales qui existent aux antilles. Seulement 70% de la population a un emploi, contre 80% en France. Ils subissent une fiscalité particulière (l'octroi de mer) qui résulte de l'absence de volonté du parlement de financer les collectivités à une hauteur comparable aux collectivités métropolitaines. Les prix des biens et services sont 30% plus chers (parfois jusqu'à 4 fois plus chers), et seuls les fonctionnaires ont droit aux 40% "vie chère" de plus sur le salaire (pourcentage jamais atteint). Ceci alors que le surcoût lié au transports des produits n'est que de 10% !

La plupart des organisations politiques ont le sentiment qu'avec une plus grande autonomie, elles pourraient développer plus facilement le commerce et les infrastructures, notamment avec les voisins caribéens et américains (surtout du sud). Car avec leur statut actuel de département/région, ni la Guyane, ni la Martinique ne disposent de prérogatives diplomatiques. Pour palier à ce problème, il s'agit donc d'acquérir plus d'autonomie.

La différencedrapeau de la martinique.jpg entre l'article 73 et 74.

Dans le 73, on prévoit le statut de superdépartements et superrégions pour certaines collectivités d'outre-mer (971-2-3 = gwada, madiana, guyane). il leur est permis d'agir dans le domaine de la loi ou du règlement sur autorisation du législateur ou du gouvernement. On appelle ça les compétences élargies.

Dans le 74, la collectivité d'outre-mer a une assemblée délibérante unique, et cette assemblée fixe elle-même son régime électoral. La collectivité est consultée pour chaque loi ou règlement qui la concerne, ou pour chaque traité international dont le font entre dans son champs de compétence. On appelle ça l'autonomie. C'est un peu le même régime que pour la nouvelle-calédonie.

Ce choix ne dressera pas le sort de la martinique.

Le Parti Progressiste Martiniquais ne veut pas du 74 parce qu'avec la disparition des deux assemblées (départementale et régionale), et leur remplacement par une unique assemblée, il perd des élus (il est majoritaire). Dans leurs textes, lorsqu'ils parlent d'une "assise majoritaire"  pour contrebalancer leur volonté de "proportionelle", c'est un peu comme s'ils avouaient la vérité.

D'un autre côté, la réalité, c'est que le développement des antilles ne dépend pas tant du régime constitutionnel dans lequel ils évoluent que de l'emprise capitaliste dans laquelle ils sombrent à cause des békés, et autres capitalistes nègres.drapeau de la guadeloupe.jpg

Je suis un peu indépendantiste sur les bords, à cause de ça. Mais ce n'est pas une solution miracle non plus. Il suffirait que l'État française traite les antillais avec respect. Qu'il leur permette de préserver leurs cultures. Qu'il les traite à égalité quant au financement des collectivités et en matière de fiscalité. Qu'il arrête de prendre les caraïbes française pour une arrière court destinée au tourisme, alors qu'il y a un potentiel d'emploi important.

Combien de maison en tôle à fortifier ? d'infrastructure à développer capables de résister à un terrain volcanique et éventuellement sismique ? Combien d'emplois durables à créer pour adapter l'agriculture, les bâtiments, l'industrie et les services aux impératifs écologiques ?

Le choix de l'indépendance aurait peut-être pu, en plus, permettre à ces îles de fleurs, de belles eaux, et de grandes cultures de prendre part à la construction d'un pôle social mondial au sein de l'Alba, en compagnie du Vénézuéla, de la Bolivie, de l'Equateur, du Nicaragua, et d'autres pays sud-américains qui osent s'élever contre la globalisation financière, responsable de tant de ravages militaires, sociaux et environnementaux.

 

cliquez ici pour voir la deuxième partie

MAJ (15/01/10, 16h10) : Aimé césaire évoque la départementalisation dans une interview réalisée par Philippe Decraene paru dans le quotidien Le Monde (6 décembre 1981)

file_321747_42333.jpgVos adversaires politiques vous reprochent d'avoir milité autrefois en faveur de la départementalisation...

S'ils le font, c'est parce qu'ils manquent de sens historique... Tout mot d'ordre est situé historiquement et répond à des aspirations très précises. En 1945, tous les ressortissants de l'ex-empire voulaient devenir citoyens et cesser d'être des sujets. C'était déjà la philosophie du XIX' siècle. Jamais aucune loi ne fut aux Antilles plus populaire que celle qui instituait la départementalisation. Pour les antillais, cette mesure signifiait la fin de l'arbitraire, l'accès aux salaires européens et à la sécurité sociale, la substitution de la loi au décret. Par le régime départemental, ce qui était recherché c'était, naïvement sans doute, mais sincèrement, l'égalité des droits. Mais la France demeura réticente à appliquer ce qu'elle avait voté. J'ai alors réalisé que nous avions passé un marché de dupes et que la départementalisation n'était qu'une nouvelle forme de domination. Si erreur il y eu, elle fut collective.

 

Teddy Francisot

06.01.2010

Contre la LGBTphobie, la police ?

gay pride nantes, police.jpgJ'en ai ras-le-cul d'entendre des « leaders » homosexuels réclamer plus de répression à l'égard des personnes responsables de propos ou d'actes LGBTphobes. Comme si ces comportements allaient régresser à la mesure de l'augmentation de la sévérité des sanctions. Ça n'a jamais été démontré pour n'importe quel autre comportement délinquant. Bien au contraire, les auteurs d'infractions parient plus sur le fait de ne pas se faire attraper que sur l'évolution du taux de la peine. Non pas que les comportements portant atteinte à l'ordre public doivent rester impunies, mais la prison n'est pas aussi constructive que la pédagogie, voire la thérapie. Car il est toujours vain de combattre la haine par la haine.

Dans ce cas particulier des sexualités LGBT, peut-on vraiment s'étonner de l'ignorance des gens ? La plupart des homosexuels ne savent pas eux-même répondre à leurs propres questions. Pourquoi est-on homosexuel ? A quel âge ça se défini ? Avant la naissance, entre 1 et 3 ans, durant le stade de puberté ? Pourquoi la société est-elle aussi agressive à l'égard des homosexuels alors que ça ne regarde que les concernés ? Quelle est la part de frustration dû au refoulement ? Quelle est la part dû à l'influence religieuse ? Est-ce que ce sont là des questions importantes ?

Je ne sais jamais tout à fait comment réagir quand je vois à la télé ce que j'appelle de formidables caricatures d'homosexuels. Des hommes efféminés, superficiels et narcissiques. Comme si tous les hommes efféminés étaient homosexuels ! Comme si la superficialité et le narcissisme étaient compris dans le pack ! Qu'est-ce que je peux répondre à ceux qui me disent qu'ils ne m'auraient jamais cru homosexuel ? Excellente réplique relevée dans Desperates Housewives (saison 4, épisode 4, 3min30) :

 

couple homosexuel desperate housewives.jpg

Le couple homosexuel, qui vient d'emménager : nous sommes partenaires de vie...

Susan Mayer, pas très fine : ça alors, c'est super ! j'ai vu des tas de séries sur le câble, alors je vois de quoi il s'agit. Vous êtes tout simplement géniaux.

Le couple homosexuel : merci. J'espère qu'on sera à la hauteur de vos stéréotypes.

- la suite de la conversation va crescendo. Je vous invite découvrir le court échange en cliquant ici -

Encore qu'il y a des gens qui essaient de comprendre. Le problème qui est donc posé ici est celui de ceux qui ne veulent tellement pas comprendre qu'ils ont développé un fort sentiment de rejet à l'égard de ces gens qui ne baisent pas avec le sexe opposé. C'est vrai que ça doit leur faire vachement mal aux dents que d'autres se fassent mal au cul - ou se broutent le minou. Et cette haine peut être assez féroce pour qu'il en résulte des hommes brûlées, des femmes violées, des lynchages et autres événements graves alimentant les pages de faits divers de médias infoutus d'exercer leur part de pédagogie (ils en sont tout aussi infoutus concernant le racisme).

Même dans les cas les plus graves, les plus choquants, les plus terribles, l'enfermement est inefficient si la prison n'est pas un espace dans lequel on discute des questions de sexualités et de droit des femmes notamment. Concernant les cas de violences ordinaires (« on n'est pas des pédés », « casse toi, tapette », « va te faire foutre, sale tarlouze ») et de discriminations, les amendes sont utiles si l'on considère qu'en cas de trouble à l'ordre public, l'auteur de l'infraction LGBTphobe se rend ipso facto redevable d'une dette envers la société. Mais ce ne sera jamais suffisant tant que l'on n'y ajoutera pas l'aspect pédagogie.

homophobie.jpgMoi aussi, j'ai envie qu'il y ait plus de répression lorsque j'entends le député Vanneste dire que l'homosexualité est inférieur à l'hétérosexualité, et que tiré à l'universel cela mettrait l'humanité en danger (comme si la copulation était toujours le seul moyen de procréer), que l'homosexualité n'est pas une fatalité (comme si l'hétérosexualité en était une !), que les homosexuels doivent se cacher (comme si le comportement homosexuel était tellement jouissif qu'en cas de publicité chacun se tournerait automatiquement vers cet option sexuelle !). Pareil lorsque la Boutin veut interdire l'adoption aux célibataires, de craintes qu'ils ne soient homosexuels (C'est évident, les célibataires sont des homosexuels en puissance !). Mais devant pareil cas, c'est à nous, militants, d'être réactif et de développer un argumentaire sans concession. Il ne s'agit pas de se tourner vers la police et la justice et de leur demander de faire notre boulot à notre place, au risque de se voir désavouer par une Cour de Cassation (Vanneste a été relaxé pour ses propos).

D'autant plus que les luttes homosexuelles sont nés d'un rapport de force contre la police ! C'était à Stonewall Inn (Greenwich Village, New-York) en 1969. La police faisait régulièrement des descentes incontrôlées dans les milieux fréquentés par les LGBT. Lasse et révoltée, la population (pas forcément LGBT) lance les émeutes de « stonewall ». Un an plus tard, la gay pride (commémoration des émeutes) est née. Alors, c'est bien beau, après tout ce travail, de demander à des ennemis de classe (et à un corps souvent cité pour son homophobie notoire) de nous défendre en tant qu'individus menacés en raison de notre orientation sexuelle.

MAJ (02/02/10, 10h21) : Dans l'affaire des deux lesbiennes agressées dans une cité de l'Essonne, La Coordination lesbienne en France, qui s'était portée partie civile, estime que la répression n'est pas la solution.

"Face à des jeunes qui estiment légitime de donner des leçons aux femmes, reprenant les préjugés sexistes et lesbophobes de la société, les mesures préconisées se révèlent souvent inopérantes, écrit l'association. Aussi a-t-il semblé nécessaire à la CLF de proposer d'autres alternatives en engageant un travail de réflexion avec Contact IDF, une association de parents d'enfants gays et lesbiens. De cette rencontre est née une proposition pédagogique qui, soumise au juge pour enfants, a été validée et sera appliquée aux trois mineurs."

SOS homophobie estime au contraire que cette solution n'est pas pédagogique ! Ils auraient certainement préféré que ces petits monstres aillent purger leur peine en taule. Ce serait une solution bien plus éducative, c'est sûr...

Article complet de Têtu.com

 

teddy francisot

10.06.2009

"Nous avons intériorisé le pouvoir jusqu'à devenir nos propres flics..."

Les Frontières Intérieures.

« Ne tombez pas amoureux du pouvoir ».

C’est Michel Foucault (pas le présentateur, au cas où !) qui nous donnait ce conseil pour l’avenir dans une Invitation à une vie non-fasciste en hommage à L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari dont une Biographie croisée vient de paraître qui nous permet de revisiter cinquante années de vie intellectuelle et politique pour nous défaire des partis et autres églises. Deleuze apercevait dans notre époque, avant de se défenestrer en 95, l’apparition d’un néo-fascisme ou mieux, de micro-fascismes. Il n’y a plus de grandes armées et des bras tendus au ciel, juste des petits riens, des radars, des panneaux « interdit de fumer », des charters… La démocratie, c’est le pouvoir de la médiocrité, disent ceux-là même qui guident le peuple, les Finkielkraut et autres « tortionnaires de l’intelligence collective ». Nous sommes dorénavant enfermés dans nos corps, nos groupes, nos communautés, nos pouvoirs d’achat. Ne nous reste plus qu’à vivre et penser comme des porcs, jugeait Gilles Châtelet. Nous avons intériorisé le pouvoir jusqu’à devenir nos propres flics et 68 est l’ennemi number one. Un tiers des français pensent qu’il y a évidemment trop d’étrangers en France et le grand humaniste avec son sac de riz, aujourd’hui Ministre de l’extérieur et aveugle omniscient, Bernard Kouchner, pouvait nous dire que « la France ne peut pas recevoir toute la misère du monde ». Nous nous sommes tellement mentis à nous-mêmes que le monde nous a crus et en Amérique latine, le mot France est cette terre de libertés synonyme de Droits de l’homme et où le chômage est un problème inconnu.

Nous rêvons d’un mur qui traverserait la Méditerranée comme les Américains ont su séparer le vieux du Nouveau Mexique. En fait, c’est nous qu’on enferme, dans nos gênes, dans nos races blanches, dans nos Ray-Ban. Comme disait déjà Hegel, le Maître est celui qui ne sait pas que l’Esclave le connaît. On clôt le parc pour identifier le mouton noir et « voir si la couleur d’origine peut revenir », comme disait la chanson. A s’aimer soi-même, on se retrouve comme castré, nos désirs sont des chimères, nos mémoires, des interdits. La frontière, c’est interdire une partie de nous-mêmes et la conscience devient une repentance. La France enfermée, il n’y a plus d’Empire colonial, d’héritage, de massacres et de rencontres. Non, la France n’est pas allée jusqu’à la Russie tsariste ou à Madagascar ! Liberté-Egalité-Fraternité au Panthéon ; en Afrique, les bienfaits des Lumières. L’histoire est révolue, comme la révolution. Le patronat s’attaque maintenant à l’enseignement qui rappelle encore, Quelle horreur ! que les grèves de 36 ont été facteurs d’émancipation pour les ouvriers. Pendant ce temps-là, les suicides fleurissent dans les usines Renault comme de mauvaises verrues sur un corps lisse.

Partie centrale de l'éditorial de Gwénael Glatre paru dans le 69.3 numéro 9.

 
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